Vendredi 14 septembre 2007

Le tabac et l'alcool sont à l'origine de 28% des cancers en France, selon le rapport des académies des Sciences et de Médecine rédigé notamment avec le Centre international de recherche sur les cancers (OMS, Lyon) et la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer.  Le rapport confirme qu'en France le tabac reste la principale cause : 33,5% des décès par cancer chez l'homme, 10% des décès par cancer chez la femme en 2000 (voir les chiffres dans l'infographie).
 De son côté, l'alcool est à l'origine d'environ 9,4% des décès par cancer chez l'homme et de 3% chez la femme.

« Le lien putatif entre pesticides et cancer ne repose sur aucune donnée solide »

 Loin derrière, l'excès de poids et l'insuffisance d'exercice physique causent 2% de décès par cancer chez les hommes et 5,5% chez les femmes. Les expositions professionnelles sont à l'origine de 3,7% des décès par cancer chez l'homme et 0,5% chez la femme, en diminution. Les traitements hormonaux de la ménopause sont à l'origine de 2% environ des décès par cancer chez la femme, essentiellement par cancers du sein et de l'ovaire.
Le document ne nie pas les effets nocifs de la pollution atmosphérique sur les systèmes respiratoire et cardiovasculaire. Mais il indique : « Contrairement à certaines allégations, l'étude montre que 1% au plus des décès par cancer peuvent être attribués avec certitude à la pollution ».  Il relève, entre autres, que « le lien putatif entre pesticides et cancer ne repose sur aucune donnée solide ». De plus, « il est peu vraisemblable que l'exposition aux faibles doses de dioxines communément rencontrées dans nos régions ait un effet cancérogène ».
« Globalement, la mortalité par cancer a diminué d'environ 13% entre 1968 et 2002 et non pas augmenté comme on le croit souvent » précise le rapport, compte tenu de l'accroissement et du vieillissement de la population française. Cette évolution recouvre des disparités : ainsi la mortalité par cancer de l'estomac a été divisée par cinq depuis 1950.
Par ailleurs, le perfectionnement des méthodes de diagnostic et de dépistage expliquerait pour la plus grande part l'augmentation de certains cancers (thyroïde, prostate).

Chez les non-fumeurs, 85% des cancers sont inexpliqués

S'il confirme l'importance des comportements individuels, le rapport reconnaît la nécessité de recherches pour mieux appréhender les autres causes. On ne trouve d'origine spécifique que pour la moitié des cancers en France. Et chez les non-fumeurs, ce sont même 85% des cancers qui restent inexpliqués.
Les chercheurs évoquent plusieurs explications possibles : erreurs au cours de la synthèse d'ADN et de la division cellulaire, sous-évaluation de l'impact des infections, richesse en calories de l'alimentation des enfants et femmes enceintes, agents cancérogènes peu efficaces pris isolément mais qui pourraient avoir un effet conjugué à certains moments de la vie....
L'âge tardif du premier enfant, le faible nombre d'enfants et l'absence d'allaitement sont des facteurs de risque. En agissant sur ces caractéristiques de la vie reproductive, la fréquence des cancers du sein pourrait être réduite de 15%, avancent les auteurs.
Le rapport souligne aussi la sous-estimation du rôle des agents infectieux (hépatites B et C pour les cancers du foie, virus du sida)  : « Au total chez les hommes au moins 4 206 cancers, soit 2,6% de l'ensemble des cancers et chez les femmes 4.871 cancers, soit 4,2%, sont attribués aux agents infectieux ».

Un rôle important, mais encore flou, de l'alimentation

L'alimentation a une influence majeure. Cependant l'effet de certains facteurs (teneur en fibres des aliments ou quantité de fruits et légumes ingérée) n'est pas confirmée par les dernières enquêtes épidémiologiques. « Nous sommes tous convaincus que l'alimentation a un rôle très important, mais nous ne savons pas trop comment », admet le Pr Maurice Tubiana, co-président du rapport.
Au total, conclut l'académie de médecine, ne plus fumer, boire modérément, surveiller son poids, faire de l'exercice, limiter l'exposition au soleil (pour éviter le cancer de la peau, le mélanome) et réduire l'administration d'hormones à ce qui est médicalement justifié permettrait de réduire de plus d'un tiers la mortalité par cancer.

 

Source : Dernières Nouvelles d'Alsace (Édition du Ven 14 sept. 2007)

par Caroline publié dans : Maladies
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